Pourquoi une Psychologie intégrative ?Pour qui ?

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Intégrer, c’est avant tout choisir !

Imaginons un instant Monsieur Bertrand qui pousse la porte du psy, se plaignant de sa grande anxiété, et de ses difficultés conjugales. Intégrer les méthodes consiste avant tout à faire des choix concrets. Quel canal de communication sera privilégié : le verbal, le corporel, le médiatisé ? Quel cadre de vie : le groupe, l’individuel (avec le thérapeute), le solo (pratique à faire chez soi) ? Quelle en sera la durée : s’agira-t-il d’une thérapie courte (moins de quinze séances), moyenne (de 6 à 18 mois) ou longue (plusieurs années) ? Quelle sera l’attitude du thérapeute : directive, analytique, interactionnelle ? L’expertise, aussi riche soit-elle, ne permet pas à elle seule une intégration.

« Il faut vivre et s’ouvrir émotionnellement à plusieurs méthodes. Les conceptualiser ne suffit pas. Progressivement, au fil des lectures, des formations et de nos propres séances, on perçoit le fil rouge et on apprend à associer différentes méthodes les unes aux autres, explique Olivier Chambon. Parallèlement, il est nécessaire d’être supervisé, si possible par un psychothérapeute intégratif. »

La proximité de ces diverses ap­­proches ne peut qu’ouvrir la voie à l’éclectisme et à la psychothérapie intégrative. Pourquoi ne se limiter qu’à une seule méthode lorsque tant d’autres sont à notre portée ?

 « Il existe une telle synergie entre ces méthodes que, mises au travail ensemble, successivement ou simultanément, le pouvoir thérapeutique de chacune s’accroît », estime Françoise Zannier. « La réunion de centaines de méthodes réalise une vue d’ensemble du fonctionnement humain, et permet sa compréhension globale. Une seule méthode ne permet pas de tout comprendre », renchérit Richard Meyer.

Chaque méthode implique une attitude spécifique de la part du psychothérapeute. L’intégration de plusieurs méthodes permet ainsi d’enrichir sa boîte à outils : ce n’est plus au patient de « s’acclimater » à son thérapeute, mais au thérapeute de s’adapter à la singularité de son patient. « N’appliquer qu’une seule méthode à tous les patients me fait penser au mythe de Procuste : ce dernier étirait les membres de la personne au moyen de cordages, ou lui coupait les pieds, pour les mettre à la mesure du lit », ironise Olivier Chambon. Certes, intégrer diverses méthodes thérapeutiques présente son lot d’avantages.

Mais suffit-il de mixer ses trois méthodes préférées et de les servir bien fraîches à son patient aguerri ? Non. Ce travail est une aventure pionnière et créative, nécessitant un réel investissement personnel de la part du psychothérapeute, doublé d’une éthique hors pair.

Car, face à la puissance de tels outils, les abus peuvent sévir. L’intégration s’avère plus complexe que le simple fait de privilégier la thérapie cognitivo-comportementale pour une personne qui souhaite redevenir rapidement fonctionnelle, et au contraire, l’approche analy­tique pour une personne, propice à l’introspection, qui désire aborder ses difficultés dans un contexte plus large. « L’objectif est de décons­truire les méthodes et les pathologies, et de relever les facteurs communs, explique Richard Meyer. Par exemple, dans la relation au patient, on retrouve l’alliance thérapeutique, l’attachement et le transfert. Dans les 400 pathologies recensées par le DSM-5 (4), on retrouve trois processus de base : le stress, l’état de choc et le bloc – le fait de répéter toujours la même chose. Si le psychothérapeute reçoit un patient souffrant de stress, il va coupler le stress avec une méthode appropriée, parmi les 4 ou 5 méthodes traitant le stress qu’il a dans sa boîte à outils ».

Une technique pointue qui nécessite une connaissance très approfondie des méthodes et des troubles mentaux.

Certaines méthodes issues de cultures traditionnelles, extra-occidentales, pourraient néanmoins prendre une place croissante dans l’éventail des psychothérapies au cours des prochaines années :

« L’holistique ou le spirituel sera l’étape ultérieure de cette approche intégrative. Bientôt on intégrera l’âme, les états modifiés de conscience, souligne Olivier Chambon. Il ne faut pas oublier que dans le terme “psychothérapie”, on retrouve le mot grec psyché, qui signifie l’âme. Avec le temps, nous avons oublié cette dimension de l’individu. » •

(Source Le Cercle-Psy)

Richard Meyer, Manifeste de la psychothérapie intégrative, Dangles, 2010. Voir aussi La pleine présence. Une méditation basée sur les 12 principales psychothérapies, Guy Trédaniel, 2013.
Françoise Zannier, Éclectisme et intégration en psychothérapie : intérêts et enjeux d’une profession, L’Harmattan, 2010.
Olivier Chambon et Michel Marie-Cardine, Les bases de la psychothérapie.
Approche intégrative et éclectique, Dunod, 3e édition, 2010.

 

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© Copyright 2014 Publié par Jean-Michel Imperatrice Psychanalyste et psychopraticien
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