Les phobies, qu’est-ce que c’est?

personne anxieuse

Qu’appelle-t-on phobie ?
Historiquement, les phobies appartiennent au groupe des névroses. Au sens Freudien, le terme de névrose désigne une maladie de la personnalité à l’origine de laquelle les facteurs compréhensibles prédominants sont psychologiques. De plus, à la différence des psychoses, dans les névroses, le sujet n’a pas perdu le contact avec la réalité et a conscience de souffrir d’un trouble psychologique mais il n’arrive pas à contrôler ses angoisses.Les phobies sont des crises d’angoisses déclenchées par la présence d’un objet ou d’une situation spécifiques, lesquels ne présentent pas de caractère objectivement dangereux. Les essais des personnes proches, parents ou amis, sont généralement inefficaces pour tenter de « raisonner » les personnes phobiques ; le comportement phobique étant intimement lié à une forte angoisse associée.Pour éviter langoisse,le sujet va développer des comportements dits « contraphobiques » :

> Evitement de l’objet ou de la situation phobique.
> Tentative de réassurance à l’aide de personnes ou d’objets « contraphobiques » qui permettent en leur présence d’affronter la situation phobique sans angoisse (exemple : présence d’une amie ou d’un petit objet fétiche pour pouvoir aller au cinéma en cas de claustrophobie).
> Conduite de fuite en avant, donnant lieu à un affrontement délibéré du danger redouté, à une attitude de bravade, de défi. (exemple : saut en élastique alors que le sujet a une phobie du vide).

1 – L’agoraphobie

C’est la phobie la plus courante. Elle est liée à l’espace : peur des grands espaces et des lieux publics.
Elle survient donc dans des situations précises :

> Départ du domicile.
> Dans la rue, les lieux élevés.
> Dans les centres commerciaux, les transports en commun.

Elle est associée souvent à la peur des espaces clos : claustrophobie (angoisse au cinéma, au théâtre : tendance à prendre le siège près de la sortie).

Qui est concerné ?

C’est surtout la femme, initialement entre 16 et 35 ans, mais les conduites phobiques peuvent perdurer au-delà de cet âge.

On estime qu’ils existent un certain nombre de facteurs favorisants, qui sans être limitatifs, sont :

> Une personnalité dépendante affectivement.
> De fortes angoisses de séparation pendant l’enfance (on retrouve souvent cette phobie associée à la névrose d’abandon et également dans les « crises de paniques » des troubles anxieux.
> Une rupture sentimentale.
> Une maladie ou la mort d’un proche, un être cher.
-> Un accident conduisant à un traumatisme physique et psychique
> Une affection médicale, chirurgicale.

En l’absence de prise en charge, les personnes peuvent en arriver à ne plus sortir de chez elle, ou sur des distances très limitées, accompagnées par un proche et à chercher des solutions pour soulager cette angoisse dans des produits addictifs et des anxiolytiques .

2 – Les phobies sociales

 

Peur des situations où l’on se trouve exposé à l’attention particulière d’autrui, d’un individu ou d’un groupe. Par exemple, en public peur de :

> Parler ou écrire,
> Répondre à des questions,
> Passer des examens,

> Utiliser des toilettes publiques,
> Manger,
> Transpirer,
> De trembler, de rougir etc….

Ces situations engendrent chez le phobique social des angoisses avec sentiment de culpabilité, de honte et d’infériorité

Qui est concerné ?

Dans les facteurs favorisants , on retrouve souvent des personnalités plutôt introverties.
L’installation est  progressive, et une analyse cherche à cerner les facteurs déclenchants.

Le risque est là aussi le repli sur soi et l’isolement social.
De plus, le risque suicidaire serait plus fréquent que dans l’agoraphobie.

3 – Les phobies simples

C’est la peur isolée d’une seule situation ou d’un seul objet. Par exemple :

> Du sang, des soins dentaires, de certains actes médicaux,
> Des animaux : araignées, serpents, souris…
> Des hauteurs = acrophobie.
> Des voyages en avion, en bateau…
> De l’orage.
> Des objets inanimés : couteaux, fourchettes.

 

Ces phobies simples peuvent se manifester dans un nombre important  de situations, que l’on ne peut pas toutes lister ici !

Ces phobies peuvent débuter entre 8 et 11 ans, et continuer à se manifester à l’âge adulte. Elles sont souvent majoritairement à leur début,  peu envahissantes et d’évolution stable mais peuvent s’accentuer sans thérapie adaptée

La psychanalyse ne considère pas que l’objet phobique soit la « clé » mais plutôt que ces phobies prennent racine dans des situations liées à l’enfance et des conflits psychiques non résolus, en relation avec les parents .

A noter :
Certaines manifestations de type « phobique » simples, et non névrotiques appartiennent au processus normal de maturation d’un enfant:

> Phobie du noir entre 6 mois et 2 ans.
> Phobie des gros animaux vers 3 ans.
> Phobie des petits animaux vers 4 ans

4 – Les phobies d’impulsions

C’est la peur de réaliser un acte (ou de prononcer des paroles) absurdes, immorales, scatologiques, ou encore agressives envers soi-même ou autrui.
Cela peut recouvrir un champ très large, comme par exemple la  peur de dire des gros mots pendant une messe, peur d’insulter un collègue pendant une réunion, peur de tuer son enfant.

Dans la phobie d’impulsion :

> L’acte redouté n’est que très rarement commis,
> La crainte disparaît en l’absence de l’objet ou de la situation phobique.

D’où viendraient les phobies ?

Cette partie serait à développer plus longuement et donc ici, il ne s’agit que d’une approche très globale et généraliste.
La psychanalyse a proposé en premier une explication à l’origine de ces phobies. Schématiquement, certaines pulsions inavouables, normalement refoulées dans l’inconscient, resurgiraient dans le conscient sous une forme « déguisée » : les phobies.

Ces peurs d’objets et situations seraient en effet plus psychiquement acceptables que nos pulsions inconscientes.

Actuellement, certains courants estiment qu’il y aurait également des prédispositions biologiques à ces phobies.

Comment traiter une phobie ?

Dans une approche globale, le traitement des phobies doit à mon sens être adapté à la situation de la personne et son âge.

Sans que cela soit limitatif tant le champ des pratiques thérapeutiques est large, on considère selon les praticiens, deux voies principales de traitement qui peuvent très bien se compléter ; la première traitera principalement les manifestations phobiques et la deuxième cherchera à comprendre les mécanismes et désamorcer les causes enfouies afin d’éviter toute récidive ou symptôme sous une autre forme.
Les Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC)

Ces thérapies sont souvent proposées en première intention pour traiter des phobies peu sévères. Elles sont de durée relativement  brèves et le programme est préétabli entre le thérapeute et le patient.
D’abord, ils sont établissent une liste hiérarchique des phobies (du plus grave au moins grave).
Puis, le sujet imagine les situations angoissantes selon une progression préétablie et apprend en même temps à se relaxer (désensibilisation).
Ensuite, le patient est confronté très progressivement à ses peurs dans la réalité, en associant une prise de conscience de l’absence de danger concret et réel par habituation graduelle.

Il ne s’agit pas de confronter brutalement le patient à l’objet ou la situation phobique !

Les psychothérapies d’inspiration analytiques et la psychanalyse

 

Ce sont de très bonnes indications, si le patient en fait la demande. Elle peut être faite en parallèle ou après une TCC pour comprendre pourquoi on est devenu phobique. En effet, les TCC règlent plutôt le comment faire pour ne plus être phobique mais les deux pratiques s’opposent souvent sur ce point, ne cherchent pas à connaître les mécanismes intra-psychiques et donc à dénouer les problématiques inconscientes associées.

Les traitements médicamenteux
> Lorsque les crises d’angoisses sont fréquentes et invalidantes, les médecins peuvent prescrire des anxiolytiques sur une courte durée, en général pour un maximum de 4 à 6 semaines.

Ces médicaments sont addictifs, présentent parfois des effets secondaires mais maîtrisables, mais n’interviennent que sur les symptômes et non la cause.

Par exemple,la simple présence « contraphobique » d’un de ces médicaments sur soi suffit parfois à diminuer l’angoisse d’un agoraphobe dans un lieu public.

> Certains types dantidépresseurs sont parfois prescrits et relèvent de la médecine généraliste avec selon leur intensité une consultation chez un psychiatre. C’est par exemple le cas de certaines phobies sociales.

 

 Il est fortement conseillé de suivre dans tous les cas une psychothérapie bien ciblée qui permettra de traiter la problématique et progressivement accompagner, si un traitement a été prescrit, la diminution des anxiolytiques et antidépresseurs, ainsi que leur sevrage progressif.

Cette démarche doit être menée en bonne intelligence entre le médecin et le thérapeute, ce dernier ne devant pas interférer dans les prescriptions médicamenteuses.

Article basé partiellement sur Références : Dr F. Duncuing-Butlen, Dr Nicolas Evrard

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© Copyright 2014 Publié par Jean-Michel Imperatrice Psychanalyste et psychopraticien
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