Le stress est intimement lié à la vie et seule la mort peut l’arrêter?

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« Tant que les hommes seront mortels, je n’arriverai pas à être complètement décontracté »

Cette boutade de Woody Allen, pose dans un humour un peu glacial, la véritable nature du stress et a le mérite de poser la problématique globale du stress et des thérapies pour lutter contre ses excès.

Elle rappelle aussi qu’un humour fondé sur le tragique, le non-sens, l’autodérision est utile pour dissiper l’anxiété et l’angoisse.

On peut observer tous les jours des gens stressés ou peu stressés, certains affirmant parfois :

Le stress moi, je connais pas !

On retrouve souvent dans cette catégorie, une « absence » de stress qui dissimule bien des situations et parfois des troubles, anodins souvent, inaperçus et souvent spectaculaires dans un registre où l’humour même a du mal à pénétrer !

Le degré « zéro » du stress n’existe pas, tant qu’on est en vie !

Hans SELYE (1907-1982) médecin endocrinologue autrichien sortit le mot stress du contexte dans lequel il était utilisé.

Le mot stress était en effet essentiellement du vocabulaire de la physique dans lequel il désigne : la force, la pression, la charge affectant la structure d’un objet métallique soumis à des contraintes pouvant le déformer.

Dans un sens contraire et salutaire, la résilience est aussi la capacité de récupérer sa « forme » initiale, après avoir été contraint, déformé et parfois démoli.

SELYE, 25 ans après avoir publié son ouvrage Stress, écrit :

« Le stress va de pair avec l’expression de toutes nos impulsions intérieures. Il résulte de toute demande qui s’exerce sur une partie de l’organisme. En fait l’absence de stress, c’est la mort. »

Comme ultime définition il donne :

« le stress est la réponse non spécifique de l’organisme à toute demande qui lui est faite. »

Non spécifique ici signifie ici général et explique sa dénomination le syndrome de stress, ou Syndrome Général d’Adaptation.

« Impulsion » et « intérieur » font bien résonance avec « Pulsion » et « Inconscient », mais cette similitude donne pourtant lieu à des choix thérapeutiques fort différents.

Les querelles s’effacent quand l’urgence est manifeste.
Le stress est en ce sens, une réponse adaptée ou inadaptée de l’organisme à une stimulation d’ordre physique et ou psychologique.

L’absence totale de réponse, le « zéro stress » est bien celui de la mort, au sens physiologique comme psychique

Dans son ensemble, le stress évolue globalement selon trois grands stades successifs:

La « réaction d’alarme » pendant laquelle les forces de défense sont mobilisées en réponse à l’agent stressant.

Le « stade de résistance » qui reflète l’adaptation, est aussi une réponse à l’agent « stressant ».

Le « stade d’épuisement » qui suit inexorablement est atteint quand l’agent stressant est soit assez puissant ou soit agit assez longtemps, et l’on dépasse le pouvoir d’adaptation limité d’un être vivant dans les possibilités de réponses physiques et psychiques qu’il est capable de donner.

Le « sens » positif ou négatif donné parfois hâtivement au stress, est du registre des émotions ou de sa connaissance.

Ce schéma est bien représentatif et simple à intégrer.
Les stades archaïques et élaborés se repèrent, plus ou moins aisément.

Pourtant les « réponses » des individus sont fort variables et cela s’observe dans la vie quotidienne.
Toutes les personnes n’ont ni la même réaction, ni la même intensité de réponse à un même évènement, du plus banal au plus grave bien que fort heureusement, on puisse tracer de grandes tendances.

En invoquant un « agent stressant» qui apparaît facilement, on néglige qu’ils peuvent être multiples, apparents ou dissimulés.

On se dispense souvent de rechercher si la ou les causes elles-mêmes ne seraient-elles pas plurielles, de même si l’agent ou l’évènement déclencheur ne cache pas une raison ancienne ?

La représentation sociale du stress, prend une tournure politique, économique, de contrainte ou de choix de vie.

L’absence totale, apparente de stress dissimule bien des surprises!

La liste ne peut être exhaustive, les théories et thérapies liées nombreuses.

On confond souvent la maîtrise de soi, le fameux « self control » avec une absence de stress.

Une personne épanouie est réputée non-stressée, mais l’esprit de compétition et de performance se servent du stress, les secouristes et les médecins seraient en conservant leur « sang-froid» des exemples de gestion de leur stress.

Dans ce méli-mélo, on trouve pourtant quelques lignes assez claires liées au niveau de stimulation, par l’agent déclencheur.

Il existe ainsi toute une gamme de situations liées au niveau de stimulation :

La sensation d’ennui bien banale, peut venir par exemple d’une sous-stimulation.

L’être humain cherchera à s’inventer une stimulation lorsqu’il n’en a pas ( Tom Hanks prêt à mourir pour sauver son ballon Wilson dans le film « Seul au Monde »)

Ce n’est pas le « coup de blues », l’ennui ou le « spleen » du romantique.

Ce n’est pas par ailleurs qu’une recherche liée au stress.

Dans cet ennui bien ordinaire, il n’y a pas d’agent stressant particulier ; l’ennui est un sentiment et n’est ni un agent ni un évènement en soi.

Il n’y a pas vraiment de « réponse spécifique » ni de « demande » clairement formulée.

Mais peut-on écarter qu’une situation d’ennui prolongé ne soit pas favorable au stress et une anxiété ? Le stress est-il caché ou seulement peu visible?

On peut également prendre un autre cas beaucoup plus frappant :

Chez le très jeune enfant, en l’absence totale de contact humain le risque mortel existe.

Il n’y a pas un agent stressant mais une absence d’ « agents» tout court et surtout une carence affective profonde.

Le stress n’est pas obligatoirement invoqué, ses signes chez un bébé ne sont pas aisément identifiables mais une nouvelle fois, comment affirmer qu’il est absent ?

Ce nourrisson peut en cas d’abandon mourir psychiquement ou physiquement par manque de stimulation comme cela a été montré en période de guerre ou dans des orphelinats, et même des hôpitaux malgré les soins prodigués et un personnel compétent et attentionné.

Mais dans un cas opposé de sur-stimulation, chez l’enfant ou l’adulte ; c’est l’inverse qui se produit : l’organisme humain ne peut plus s’adapter.

Des signes de désordres importants apparaissent, mais le stress n’est pas facilement isolable ou dissociable.

Derrière cette apparente absence de stress, se dissimule une forme grave d’état de stress dépassé, que l’on peut retrouver en forme moins accentué sous l’absence de réaction, et de résignation dans certains burnouts en outre d’autres manifestations pathologiques pouvant conduire leurs victimes à un désespoir incontrôlable.

La victime du burnout est « grillée », dans le sens anglais littéral du terme; épuisée physiquement et nerveusement.
Au niveau personnel, individuel, familial et social le burnout « grille » bien sa victime.

Les médias, associations et les praticiens de santé alertent, à juste titre, de la flambée inquiétante des situations de burnout, mais certains cas extrêmes où la mort peut survenir sans comportements alarmants sont moins connus, comme c’est le terme au Japon de Karoshi, qui est un tableau de mort subite par épuisement.

Chez les victimes du Stress Post Traumatique en état de choc, la personne est dite « sidérée » ; elle est en coupure avec l’extérieur, elle peut ne rien ressentir quel que soit la gravité de la situation.

Sa capacité de réponse et d’adaptation à l’évènement est largement dépassée.
Par exemple, lors d’une catastrophe, la victime peut rester immobile, sans bouger ni rien faire.

Cette réaction de sidération est généralement éphémère, avec le retour rapide à la conscience normale et à un comportement adapté : mais elle n’est pas toujours sans lendemain, car elle signe l’amorce d’un stress intense, mal assimilé, et qui pourra donner lieu ensuite à une névrose psycho-traumatique.

Dans son évolution future, que d’autres signes bien clairs permettent d’identifier, on retrouvera parfois un sentiment de détachement d’autrui ou bien de devenir étranger par rapport aux autres et une restriction des affects (par exemple, une incapacité à éprouver des sentiments tendres).

L’appréciation (ou le jugement ?) de l’entourage sera mitigé, indifférence, étrangeté…mais l’état de stress sera peu évoqué.

Dans d’autres troubles psychiques on peut évoquer les problèmes liés au bruit ; celui-ci, devenant envahissant, peut être stressant et susceptible d’activer ou s’associer à des tendances obsessionnelles ou phobiques perturbant la personnalité.

L’hypocondriaque ressent de l’anxiété aussi, il se sent menacé « de l’intérieur » par ses propres organes, cette sensation de menace que l’on retrouve à l’extérieur chez le paranoïaque est dans son cas internalisée.

Il n’est pas courant d’évoquer en premier lieu chez un hypocondriaque un état de stress et un agent organique interne comme déclencheur.

C’est la fameuse goutte d’eau, qui fait déborder le vase. La solution semble simple, vider l’excédent d’eau en premier lieu.
On regarde si l’eau restante paraît claire, on ne recherche pas systématiquement pourquoi et à quel moment le vase a-t-il été autant rempli, ni si le filet d’eau, même en goutte à goutte, ne continue pas.

On peut évoquer également des formes de stress passant souvent inaperçues, le stress épisodique.

C’est le stress qu’une personne par exemple ressent quand elle se réveille en retard, et se précipite à la hâte à une réunion. Elle n’a pas eu le temps de boire son café mais s’énerve à choisir pendant un quart d’heure, une chemise parmi les dix autres identiques.

Cela peut aussi être le stress généré par une incapacité à s’organiser devenant génératrice d’inquiétude, et rendant compliquée une succession de tâches pourtant simples.

La personne peut même ne pas en être complétement consciente et en mesure de le reconnaître.

Des années d’habitude à ce type de vie ou ses traits de personnalité peuvent faire de ce stress épisodique partie intégrante de la vie d’une personne.

L’ absence apparente de stress lors d’évènements tristes :

Le stress, une accumulation de sentiments, de ressentis difficiles à gérer peuvent entrainer un rire nerveux qui servira à d’échappatoire et permet de reprendre « une bouffée d’oxygène ».
Mais une consommation d’alcool ou de drogues peuvent aussi conduire au rire, même en l’absence de stimulus externe ; de même que le gaz hilarant, le protoxyde d’azote, provoque bien le rire !

La personne est inhibée, le stress est mécaniquement bien présent, il est souvent même en excès, il est simplement dissimulé et les émotions dont l’anxiété sont anesthésiées.

A l’enterrement d’un très proche, une personne peut être profondément triste mais ne rien laisser paraître, ne pas verser une larme.

Impossible de se laisser aller, de se lâcher.
Son entourage et sa famille la considèrent comme un être indifférent, blasé, égoïste, insensible… Du coup, ses rapports avec eux paraissent totalement dénués d’affectivité.
Le stress est portant présent mais le contact avec les émotions est interrompu.

La décharge émotive différée.

C’est une forme différée ou tardive de décharge émotive assez souvent observée de stress dépassé.

On la trouve fréquemment chez les sauveteurs en particulier, qui se sont dépensés sans compter pendant tous les moments critiques, se dévouant pour les victimes, engagés à fond dans l’action jusqu’à épuisement de leurs réserves, devant réprimer leurs propres réactions émotionnelles pour mieux agir et pour ne pas inquiéter les autres.

La décompensation tardive surviendra plus tard, en décalage.

La tension anxieuse accumulée s’extériorisera avec force, en « décharges »
Pleurs, agitation colère ou agressivité, parfois même physiologiques : sueur, vomissement, diarrhée..

Ces réactions, libératrices et prises en charge rapidement sont souvent éphémères, et sans lendemain.

L’absence de manifestation, un stress en apparence parfaitement contrôlé, ne sont pas les meilleures garanties d’une évolution future, souvent problématique.

Si le stress est une demande d’adaptation, celle de l’être humain n’est sans doute pas infinie.

Les ordinateurs ont accru leur capacité de stockage et leur vitesse de traitement de façon exponentielle mais malgré tout l’enthousiasme, parfois délirant de la rapidité et performance, l’être humain n’est pas une simple machine !

On peut inverser ce culte à la compétitivité par une démarche personnelle allant d’une meilleure » connaissance de soi » à un aide thérapeutique.

On cherche ainsi non pas à « franchir nos limites » dans une compétition, où il y a beaucoup à perdre et peu à gagner ; mais trouver « notre » niveau de stress acceptable et adapté, que nous pourrons par la suite utiliser comme« notre » énergie d’adaptation, à « notre » rythme et dans un sens conforme à « notre » personnalité et nos aspirations et choix de vie.

Les zones de transition ne sont pas brutales et dépendent de chaque individu. La transition peut se fait de façon très progressive, mais quelquefois l’équilibre est rompu pour une stimulation ou évènement banal, apparemment faible qui aurait été bien toléré à un autre moment

Ainsi si le stress est nécessaire à la vie et que sans stress aucun, il n’y a pas de vie, cela ne doit jamais faire oublier que le stress est présent partout et un état dépassé conduit à une anxiété clinique, un des éléments fondamentaux de la pathologie mentale.

Qu’elle soit une cause déterminante ou une manifestation secondaire, elle est presque toujours présente dans les crises évolutives de la personnalité.

Si les explications et théories différent, sa présence est un « bloc », une constante.

 

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Si l’on résume en quelques points les principales recommandations du Dr Selye pour parvenir à limiter les effets nuisibles du stress, elles ont bien sûr du sens mais ne sont pas suffisantes pour certaines situations exposées.

Simplicité dans les habitudes de vie
Éviter les complications inutiles
Gagner la bonne volonté d’autrui
S’efforcer d’oublier ce qui est pénible, mais inévitable
Crever l’abcès au lieu de prolonger la douleur
L’activité est une nécessité biologique.

Seyle faisait remarquer qu’il n’y a rien de plus destructeur que de rester inactif et dans l’absence totale de stimulation.
Il est possible que cette observation l’ai conduit ainsi à conclure que seule la mort peut arrêter le stress.

 

 

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© Copyright 2014 Publié par Jean-Michel Imperatrice Psychanalyste et psychopraticien
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