La Science « enquête » sur le sens des rêves: qu’en dit la Psychologie ?

L’analyse de rêves et leur signification a toujours passionné l’homme, depuis l’Antiquité. 

Il me paraît important de dire d’entrée qu’il est utile de s’y intéresser, de les comprendre et de les interpréter, mais peut être hasardeux d’en tirer des conclusions hâtives et parfois inquiétantes et de prendre ensuite des décisions brusques et précipitées.

Il ne rentre pas, dans ma démarche au moins, dans le champs de la relation thérapeutique de qualifier ou se prononcer dans un sens ou un autre sur le caractère prémonitoire d’un rêve.

D’une façon plus globale les notions de signes,prémonitions, coïncidences font l’objet de recherches, de points de vue tous fort différents, constituant en soi un sujet.

Sans négliger leur intérêt, il convient déjà s’intéresser en quoi le sens que la personne leur prête peut influer, modifier son équilibre propre.

De manière simpliste, on pourrait dire que les rêves sont « utiles » mais leurs mécanismes suscitent des débats qui parfois s’opposent, alors qu‘à mon sens se complètent.

Toutes les personnes rêvent, mais la plupart des personnes pensant ne pas rêver n’en gardent simplement pas de souvenir pendant la phase d’éveil conscient!

Très schématiquement, la Psychologie Cognitive souvent basée sur les résultats des neurosciences, indiquent les rêves permettent de réguler, digérer et équilibrer les différentes émotions ressenties par les périodes conscientes d’éveil.

A ce titre, les rêves participeraient au mieux-être de la personne et à la réduction de son stress.Les signes indiquant des cauchemars récurrents et angoissants, sont un signal que cette « régulation » se fait mal,il est nécessaire de ne pas simplement le savoir et le constater mais également d’en connaître la raison et d’y apporter des solutions.

L’approche de la psychologie analytique Jungienne, si elle dérive de la psychanalyse de Freud, considère aussi que la place des rêves est importante et propose un autre schéma.

Elle apporte des éclairages sur le fonctionnement psychique, en donnant une porte d’entrée sur l’inconscient.

Elle peut permettre de dénouer certains blocages enfouis et de donner des pistes de résolution de conflits intra-psychiques non résolus, mais permet également d’utiliser leur contenu pour favoriser la connaissance de soi, la créativité et même le bien-être.

Certaines thématiques sont fréquentes, liées à des situations similaires ; mais leur interprétation doit toujours être personnalisée pour chaque personne et son vécu.

En ce sens, les ouvrages et grilles d’interprétation générale des rêves ne permettent pas généralement de donner un sens précis à leur contenu et constituent plutôt un simple « catalogue » des rêves et thèmes les plus fréquents.

Ils sont cependant intéressants, car peuvent simplement permettre de réaliser, que certains ne nos rêves, que l’on estime parfois comme « bizarres » et très personnels, contiennent une trame commune de thèmes, symboles ou situations.

Pour reprendre l’image du « théâtre » , la scène, l’histoire et les personnages peuvent être identiques mais leurs force et sens changent d’un acteur à l’autre, comme les émotions des spectateurs!

Cela signifie que tenter d’interpréter tout seul ses propres rêves est souvent inutile ou peut amener à des conclusions erronées, un rêve « évident » peut faire écho à une situation précise en apparence et s’avérait être le résultat d’une situation complètement différente ; de même un rêve « bizarre » et « décousu » d’apparence peut apporter dans l’analyse des résultats cohérents et utiles pour la personne !

C’est un des outils mais pas le seul pouvant être utilisé dans l’analyse pour comprendre mieux le ressenti d’une personne et son niveau émotionnel.

Il est intéressant de constater comment les dernières recherches en neurosciences qui ont longtemps catalogué les rêves comme un simple phénomène lié à l’activité de cerveau pendant les périodes de sommeil « paradoxal » se dirigent et convergent, sans encore conclure, sur le même intérêt suscité dans certaines branches de la psychologie.

Des chercheurs construisent des banques de rêves pour décrypter les images oniriques que fabrique notre cerveau. Ils espèrent découvrir ce qui se cache dans nos songes souvent si étranges.  

Trouver la clé des songes est une quête du Graal à laquelle l’homme n’a pas renoncé. Les scientifiques ont entrepris d’en démonter les mécanismes.

«Que disent vos rêves?»: cette question, le psychiatre et psychanalyste Carl Gustav Jung avait coutume de la poser à ses patients.

Il raconte comment cette interrogation les laissait souvent perplexes. Il ne s’agissait même pas encore à ses débuts de se lancer dans une interprétation formelle, mais déjà de s’en souvenir !

Jung, marchant dans les pas de Sigmund Freud, accordait un grand intérêt aux songes, qu’il voyait comme des portes ouvertes sur l’inconscient. Une sorte de langage codé de l’âme.

Cet intérêt pour les rêves ne se limite pas à l’âge d’or de la psychanalyse du début du XXe siècle. Il est universel et il a traversé l’histoire. Déjà, des papyrus égyptiens datant de 2000 ans avant J.-C. abritaient des traités d’interprétation des rêves. A ­Babylone, dans la Grèce et la Rome antique, mais aussi au Moyen Age, en Orient ou en Occident, l’interprétation des rêves tenait une place importante. «Il y a en chacun de nous, même chez ceux qui paraissent tout à fait réglés, une espèce de désirs terribles, sauvages, sans lois, et cela est mis en évidence par les songes», explique Platon dans La ­République. On voyait alors des présages, des signes des dieux, des symboles prémonitoires d’actions futures dans ces histoires construites en dormant, telles des hallucinations. Dans l’Antiquité, il était coutumier qu’une personne ayant fait un rêve funeste pendant la nuit s’abstienne de toute activité les jours suivants.

Les attentes face aux rêves n’ont guère changé. Le secret espoir de pouvoir les ­interpréter pour saisir ce qu’ils cachent anime toujours une bonne partie de l’humanité. Trouver la clé des songes est une quête du Graal à laquelle l’homme n’a pas renoncé. Les scientifiques ont entrepris d’en démonter les mécanismes, partant du principe que le meilleur moyen de savoir pourquoi une voiture avance est d’en étudier le moteur. «Pour comprendre le rêve, il faut se ­représenter tout le travail nécessaire à sa réalisation, explique le biologiste Jacques Ninio, auteur d’Au cœur de la mémoire (Ed. Odile ­Jacob). Quels sont les outils disponibles pour construire l’image et y introduire le mouvement? Où le rêve puise-t-il sa matière première, et dans quel état en dispose-t-il? Quelles sont ensuite les contraintes techniques dans l’élaboration du scénario, la conception des dialogues, l’accompagnement sonore?»

Le système des émotions est très actif

A la suite de la découverte du sommeil ­paradoxal par le chercheur français ­Michel Jouvet, des avancées considérables dans la connaissance du fonctionnement du cerveau ont apporté, ces dernières ­années, des réponses au caractère intrigant de nos rêves. L’hippocampe, qui joue un rôle primordial dans la conservation des souvenirs, et le système limbique, qui gère les émotions, telles la peur ou la joie, sont très actifs ­durant les rêves. L’un expliquerait pourquoi des scènes ou des personnages vus ­récemment s’immiscent dans les rêves. L’autre pourquoi ces rêves sont souvent chargés en sensations fortes.

L’absence d’activité du cortex préfrontal, siège de la pensée consciente, justifierait le ­caractère d’apparence illogique des scènes de rêve.Cela justifie également que l’on ne se souvienne que peu des rêves, car cette phase de sommeil est suivie en général par une phase de sommeil lent et récupérateur.

Si la « mise en scène » de ce théâtre des rêves est suivie par une phase de sommeil, vous vous souviendrez majoritairement de l’état qu’il vous procure au réveil, joie,détente ou au contraire angoisse avec parfois quelques détails mais peu nombreux et diminuant rapidement au fur et à mesure que vous êtes pleinement réveillé et revenu à un état conscient!

Cela ne s’applique pas si vous vous réveillé seul en plein rêve ou cauchemar, ou qu’une personne vous réveille brutalement pendant cette phase.

Quant au foisonnement d’images oniriques déroutantes, il pourrait s’expliquer par le classement des informations dans le cerveau. Ce dernier ne prend pas une «photo» d’un objet, mais mémorise dans différents endroits sa forme, sa couleur, sa taille et sa texture, ainsi que les objets qui lui correspondent. «Si l’une des fiches est inaccessible dans un rêve, un objet étrange sera créé, comme un chien au pelage doré ou une chaise en porcelaine», explique Jacques Ninio. L’objet peut aussi remplacer un mot quand le cerveau, en plein sommeil paradoxal, trouve difficilement les clefs du langage.

La prise de substances psycho-actives influent directement sur la durée et la qualité su sommeil et peuvent modifier le contenu des rêves ainsi que leur fonction.

Cette explication ou description utile des neurosciences, ne s’oppose pas à l’idée que tous ses schémas sont bien inconscients !

Le peintre surréaliste Magritte a fait preuve d’une belle intuition avec La ­Trahison des images, ce tableau représentant une pipe sous laquelle il écrit «Ceci n’est pas une pipe». Dans les rêves, il faut souvent chercher ce que symbolise l’image de l’objet, au-delà de l’objet lui-même. Le neurobiologiste Michel Jouvet raconte ainsi un rêve, juste après la mort de son frère, dans lequel il voit une main aux doigts coupés dans un lavabo. Il en parle à sa mère. Elle lui rappelle alors qu’à deux ans, commençant à peine à parler, Michel Jouvet appelait son grand frère «Main». Les ouvrages des psychanalystes regorgent de ce genre d’anecdotes, que certains scientifiques ­tentent de décrire plutôt qu’expliquer aujourd’hui par cette hypothèse de représentation en l’absence d’une clé de langage. Un pianiste qui vient s’ajouter à une scène pleine de tumulte peut être interprété comme une volonté de ralentir (jouer du piano, pour aller lentement). Cela fait dire à l’ethnopsychiatre Tobie ­Nathan qu’«il n’existe pas de rêves typiques», et qu’«un rêve est équivalent à la personne dans sa singularité». Autrement dit, seul Michel Jouvet pouvait évoquer son frère par l’image de cette main aux doigts coupés. Quant à l’aborigène qui ne connaît pas le sens du mot piano, il y a peu de chances qu’il fasse apparaître un pianiste dans une scène trop tumultueuse à son goût.

Une déconstruction de la vie diurne

Cette idée que, a priori, le rêve reste singulier n’empêche pas les chercheurs et les médecins de tenter de découvrir des ­règles, des catégories, des principes dans l’univers onirique. Les statistiques sont utiles.

 Des travaux réalisés surtout aux Etats-Unis et au Canada, à partir de banques de rêves, ont toutefois donné des résultats troublants.

Des ­recherches par mots-clefs sur des témoignages en nombre significatif permettent de débusquer dans les rêves d’un ­individu ses centres d’intérêt, ce ou ceux qu’il aime ou qu’il rejette, ses préférences ou ses ­dégoûts… Dites-moi ce dont vous rêvez, je vous dirai qui vous êtes!

Si cette approche, essentiellement descriptive plus qu’explicative est intéressante, il me parait imprudent d’en tirer des conclusions trop rapides et simplificatrices !

Les résultats d’une recherche ont fait sensation au printemps dernier. Une équipe de neurobiologistes japonais a déchiffré des rêves grâce à une imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) en enregistrant l’activité du cerveau. Trois personnes ont été systématiquement ­réveillées dès qu’elles étaient depuis quelques minutes dans une phase de sommeil paradoxal. Les scientifiques leur demandaient alors de raconter leur rêve avant de recommencer l’expérience. Deux cents ­réveils plus tard, ils disposaient de trois « ­cobayes » épuisés, mais d’une banque de données compilant une correspondance entre une activité cérébrale précise et des images ­répertoriées par thèmes comme la nourriture, les femmes, une voiture, nager, etc. Munis de ce dictionnaire de correspondances, ils ont deviné ensuite avec une précision de l’ordre de 75 à 80%, en utilisant à nouveau l’IRM, à quoi rêvaient leurs « cobayes »… avant même de le leur demander!

Quand Jules César tua sa mère

La machine à décrypter les rêves, souvent annoncée, n’est peut-être pas loin, pour les chercheurs de ce domaine. Pour Tobie ­Nathan, elle existera dans une cinquantaine d’années et placera enfin les songes au cœur d’une construction analysable, en se libérant du récit du seul rêveur, souvent imprécis et hésitant.

J’ai personnellement de grands doutes, tout d’abord sur l’intérêt même d’une telle machine, comme de toute machine si sophistiquée soit elle pour interpréter mécaniquement ce qui est du domaine de l’Humain, en particulier son psychisme car chaque vécu est singulier, ses émotions, son symbolisme parfois et aussi sa dimension spirituelle quand c’est le cas.

Cela explique la conclusion suivante d’une neuroscientifique de renom :

«Même si les rêves partagent des traits communs, le contenu d’un rêve reste unique et son sens relève d’un champ auquel les méthodes et les outils des neurosciences ne permettent pas d’accéder», regrette Elizabeth Hennevin, professeur de neurosciences à Nanterre.

 «L’interprétation reste une question compliquée, ajoute Tobie Nathan. Un rêve ne peut pas se démonter avec exactitude. Il ne permet pas de dire que telle chose signifie toujours telle autre. On trouve rarement des significations ­directes. Le problème provient du fait qu’il existe autant d’éléments possibles dans les rêves que d’idées dans le monde.»

L’anecdote d’un rêve de Jules César, ­relaté par la thérapeute Christiane Riedel, fondatrice de l’académie pour l’interprétation des rêves, est amusante à ce titre. A 31 ans, Jules César n’est encore que magistrat en Espagne. Il rêve alors qu’il viole sa mère. Troublé, il va interroger un prêtre qui donne sa vision: César violera Rome, sa mère-patrie, en lui imposant sa volonté malgré les résistances de la cité. Suétone va même plus loin en affirmant que les prêtres «déclarent que ce rêve lui annonce l’empire du monde, cette mère, qu’il a vue soumise à lui, n’étant autre que la Terre, notre mère commune». César prendra rapidement le chemin de Rome pour la destinée qu’on lui connaît.

Ce qui est intéressant dans cette anecdote, est que tout le monde peut en avoir une vision différente et qui n’ont pas vraiment de sens à opposer:

Est-ce une prémonition ou un signe, est-ce une coïncidence, est-ce l’état émotionnel de César,ce rêve a t-il ou non influé sur son destin, a t-il changé le comportement et la personnalité de César ou celui de Rome?

Ce qui est certain, c’est que ce rêve, même si l’on le limite à une simple anecdote, fait partie à présent de notre patrimoine commun.

Les cauchemars ont aussi beaucoup été étudiés par les médecins et les scientifiques. Ils ont découvert que certains cauchemars ne se construisaient pas pendant les phases de sommeil paradoxal, mais dans celles de sommeil lent profond. Ces rêves sont empreints d’une charge émotionnelle très forte pouvant aller jusqu’à la terreur nocturne, avec un retour à la réalité difficile, notamment pour les enfants. Pour les cauchemars du sommeil paradoxal, des liens de cause à effet ont aussi été identifiés. Une personne stressée ou névrosée va scénariser régulièrement dans ses rêves des ­situations de mal-être angoissantes. C’est encore plus vrai pour une ­personne ayant subi un traumatisme psychologique profond, comme un bombardement, une agression, une mise en danger de mort ou perçue comme telle. Dès qu’elle s’endort, le cauchemar revient, comme si le cerveau ­répétait inlassablement le traumatisme, parfois représenté de manière allégorique, pour le déconstruire. On conçoit dès lors que l’individu ait tendance à fuir le sommeil.

Une source de créativité et d’invention

Des psychiatres américains, pendant la Deuxième Guerre mondiale, distribuaient des barbituriques à des soldats traumatisés jusqu’à ce que leur cauchemar débouche sur un «rêve de bonne fin». Forcé de ­dormir, le pilote d’un bombardier s’étant écrasé en entraînant la mort de tous ses ­camarades a fini par rêver qu’il posait son avion sur un lac et qu’il retrouvait ses camarades autour d’un verre au mess de la base.

J’ai les plus grandes réserves à la fois sur l’efficacité et l’éthique de telles méthodes.

Ce qui interpelle aujourd’hui, dans les nouvelles hypothèses des neuroscientifiques qui voient dans le rêve un outil de ­régulation des émotions, ou une sorte ­d’anti-virus chargé de remettre à niveau les fondements psychologiques d’un individu, c’est qu’elles rejoignent l’idée ancestrale, et la vision de Jung, que le rêve joue un rôle important dans nos vies. Il a une fonction susceptible de déboucher sur des actions positives pour peu qu’on en tienne compte. «C’est très significatif chez les artistes et les chercheurs, confirme Christiane Riedel. On pourrait presque dire que les musiciens et les peintres sont inspirés par leurs rêves, qui sont source de leur créativité et de leur invention.»

«Un rêve est un signal, parfois très parasité, mais un signal utile, conclut Tobie Nathan. Faire le travail nécessaire pour s’en souvenir et le déchiffrer, c’est prendre le temps d’ouvrir une lettre et de la lire. Même si tout ce qui est écrit n’est pas clair tout de suite. L’interprétation du rêve est en cela culturelle. Elle s’affine avec le temps.»

Finalement, s’intéresser aux songes ­serait très pragmatique. Un moyen de s’ancrer dans le réel, et non de le fuir. L’inverse de ce que l’on pourrait penser au premier abord.La valeur « prémonitoire » des rêves varie et dépend des cultures et des croyances de chacun.Leur prise en compte ou non, peut également générer des comportements et influer sur nos actions.

Dans tous les cas, les considérer comme totalement sans intérêt ou les prendre en compte de façon excessive, auront des effets sur notre équilibre psychique et notre vie, certains positifs d’autres négatifs.

On pourrait dire comme un journaliste ( Christophe André ) que « Les rêves n’ont pas fini de nous surprendre« .

Cet article est pour une partie une partie inspiré, mais avec mes commentaires et compléments, de celui dans le Figaro de Christophe Doré – le 24/01/2014

 

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© Copyright 2014 Publié par Jean-Michel Imperatrice Psychanalyste et psychopraticien
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