Heureux qui comme Ulysse… ou le « Complexe d’Ulysse » ?

ulysseodyssee1

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage Ou comme celui-là qui

conquit la Toison, Et puis est retourné plein d’usage et raison, Vivre entre ses

parents le reste de son âge! Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer

la cheminée, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui

m’est une province et beaucoup davantage? Plus me plaît le séjour qu’ont bâti

mes aïeux, Que des palais romains le front audacieux, Plus que le marbre dur

me plaît l’ardoise fine. Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin, Plus mon petit

Liré que le mont Palatin, Et plus que l’air marin la douceur angevine»

 

Le voyage d’Ulysse est celui d’un retour qui dure 20 ans !

 

Le Complexe d’Ulysse

L’Odyssée d’Homère est à plus d’un titre paradigmatique des turpitudes et des belles rencontres en migration.

 

De l’indifférence à l’admiration en passant par la haine et le mépris, de la dépression et de la mélancolie au triomphe, de l’ivresse à l’euphorie, de l’amour impossible à l’amour possible, des tentations inévitables au comportement parfait, des moments de lassitude au moment des secours inespérés, le migrant à l’instar d’Ulysse passe par tant d’étapes et tant d’états.

 

Dans ces tumultes, Les turpitudes en migration constitueront des menaces de l’effondrement identitaire. Ce qui va exiger du migrant des efforts d’ajustement et réajustement identitaire, de réaménagements, sous forme d’enrichissement ou d’apprivoisement, par contrainte, par stratégie, par oubli ou tout simplement par effet de contexte. Un des vecteurs de la souffrance ici est la non-reconnaissance. Se nourrissant des interactions sur un mode asymétrique, elle est au cœur de la souffrance du sujet en migration.

 

Mais la migration constitue aussi un acte courageux qui a des avantages. C’est en effet l’espace et le moment d’échange, d’apprentissage et d’enrichissements mutuels, aussi bien pour le voyageur que pour les autochtones. C’est du dissemblable qu’on apprend, dans une sorte de dialectique qui ouvre sur l’éclectique. Mais cela suppose qu’on accorde à l’autre le statut d’homme avec les mêmes droits et prérogatives que nous, doué de compétences, semblables et distinctes des nôtres. Cela suppose, donc, que nous nous décentrions. Et que nous nous observions, nous interrogeant sur le regard de cyclope que nous jetons sur l’immigré « trop » visible, nos craintes de Lestrygons quand l’immigré aborde nos compagnes et nos filles, notre désir lotophagien de le subjuguer avec notre mode de vie.

Dans cette situation le migrant a peut-être même une petite avance sur l’autochtone, car il apprend ce qu’il y a de bien dans le pays d’accueil, mais l’habitant ignore tout de son pays. Mais ce léger avantage est vite dénié par sa situation de minoritaire qui rend son savoir minoritaire, ce qui en fait un sujet vulnérable !

 

Références :

 

Charles DI, psychologue, hôpital Avicenne, service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent.
Emmanuel MEUNIER, éducateur, chef de projet à la Mission de prévention des conduites à risques du conseil général de la Seine-Saint-Denis, diplômé en anthropologie historique (EHESS).
Marie Rose MORO, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, université Paris-Descartes, chef de service de la Maison de Solenn – Maison des adolescents de Cochin (AP-HP, Paris)

 

Accueil Articles
© Copyright 2014 Publié par Jean-Michel Imperatrice Psychanalyste et psychopraticien
www.jmimperatrice.fr, tous droits reservés. Reproduction interdite sans accord préalable.