Etre en « bonne santé » de nos jours : De l’absence de maladie au Bien-être, en passant par le « Mal-Être » ?

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La notion de bonne santé a bien évolué au cours des époques !

Un bref « voyage » à travers le temps n’est pas inutile pour comprendre comment à notre époque, l’absence de maladie ne signifie plus être en simple bonne santé mais aussi atteindre un niveau de bien-être, qui n’a plus grand-chose à voir avec une échelle de satisfaction quelconque et ne peut être réduite à une simple préoccupation « existentielle ».

Le Bien-être lui-même, spirituel, social, physique, individuel et physique n’est pas non plus une notion récente, c’est plutôt sa quête et sa demande, ses représentations qui ont changé et se sont accentués.

C’est la question et sa réponse quotidienne, aujourd’hui à toute personne : Comment ça va ?

Actuellement à « Comment allez-vous ?» , en absence de « maladie » la réponse peut être « ça va…MAIS… » et les MAIS sont nombreux !

Soucis professionnels, d’avenir, de couples, financiers, mal-être et parfois souffrance psychique, mauvaise qualité de vie pas toujours liée à la situation matérielle ou même une éventuelle pathologie, car le Soma et la Psyché sont tant reliés qu’en marge des critères « médicaux » mesurables, le Mal-Être n’est pas seulement une dimension existentielle, souvent banalisée, parfois méprisée, comme « nombriliste » ou « Égocentrique », individualiste ou collectivisée.

La notion de « gravité » de « Est-ce grave Docteur ? » est dans bien des cas peu connectée au ressenti, à la souffrance, au bien ou mal-être tel qu’il s’exprime somatiquement ou psychiquement.

Ensuite avant d’accéder au « Bien-être » si tant est qu’on puisse illusoirement le définir, toutes une gamme de perceptions et de voies pour sortir du « Mal-être » apparaissent, de considérer qu’un minimum de souffrance est inhérent à la condition humaine ne pouvant donc se réduire à « zéro », en passant des stratégies, des « thérapies » , des « conseils » et globalement un méli-mélo, dans lequel s’affrontent régulièrement les catalogués(hâtivement) pessimistes, optimistes, réalistes selon leur vision.

C’est l’individu en globalité qui n’est plus en harmonie, en équilibre dans nombre d’aspects avec ou sans « maladie » diagnostiquée.

L’homme bien-portant n’est plus un malade qui ne le sait pas, il est parfois sur-informé et s’ignore de moins en moins !

C’est après 1945 que l’OMS en pose les bases pas seulement d’une définition mais d’une vision globale de la santé:

«Etat complet de bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité
La possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale. ».

Ce n’est ni « la bonne santé à tout prix », ni la négation, bien au contraire du droit à une santé élargie, elle la pose en principe commun et intègre qu’elle est relative.

Cette approche dite perceptuelle renvoie partiellement, au «ressentir», à ce que G. Canguilhem appelle «la vérité du corps».

Ainsi, ce concept de « santé » en évoluant au rythme souvent en zigzag du développement de nos sociétés a aussi transformé les demandes et ses réponses, notamment en termes de thérapies, qui est le centre de ce sujet, mais qui en arrière-plan important, évoque des choix de société et là-aussi une certaine vision de l’humain.

Cela ne doit pas masquer ou déplacer cette question, par la communication confuse et souvent manipulatrice sur les différences entre désir, et besoins dans les sociétés développées et celles dont une partie de la population n’a pas accès aux soins et parfois même aux ressources alimentaires indispensables.

C’est aussi sous une vision différente, et sous l’angle de la psychologie, celle posée comme « la maîtrise des forces de la nature et son corollaire de destruction de l’humain » dans « Le Malaise et la civilisation » .

L’homme préhistorique « fonctionnait » principalement, en termes de besoins et de survie

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Le « Salut » de l’homme préhistorique était de rester en vie et celui du Moyen-Age d’éviter la mort et assurer le « Salut » de son âme le jour arrivé, par sa forme de spiritualité sa vie durant ; ce dernier point est toujours d’actualité sous une forme ou une autre, avec ou sans religion.

Le « Comment allez-vous » , était au Moyen-Âge la manière de s’aborder en une temps ou l’appendicite empêchant « d’aller du ventre » et la peste et autres épidémies entraînaient la mort.

La réponse approximative était « Je ne suis pas malade, grâce à Dieu »

C’est ce qui fait dire à G. Canguilhem « La santé a remplacé le salut »

L’homme néolithique est devenu un agriculteur sédentaire et nomade par périodes et lieux.
Des savoirs et compétences se sont alors accumulés au fil des siècles et transmises.

Sa notion de « santé » devait être proche de celle de prendre soin de la survie de l’individu et de son groupe, les ressources alimentaires étaient rares, les naissances étaient au même temps une condition de continuité de l’espèce et une zone mortelle de risque pour la femme et l’enfant.

La première édition du Dictionnaire de l’Académie française, en 1694 mentionne entre autre au mot Santé : Estat de celuy qui est sain, qui se porte bien.

Le Billet de santé, est l’attestation que les Officiers ou Magistrats donnent en temps de peste, pour certifier qu’un voyageur ne vient pas d’un lieu suspect et n’est pas porteur de la maladie.

La découverte des microbes par Pasteur va modifier les notions de risques et de santé :

On enseigne à l’école et aux familles l’hygiène individuelle contre la diffusion de microbes permettant de limiter certaines maladie physique (tétanos, tuberculose, typhoïde, etc.).
Par une conduite individuelle, on peut limiter la contagion sans fuir collectivement la mort et les mourants.

Être en bonne santé est encore ne pas souffrir de maladie avant la découverte de la pénicilline et autres antibiotiques qui permettent de guérir des nombreuses maladies mortelles jusqu’alors.

C’est aussi le démarrage des politiques de santé et celui de l’industrie pharmaceutique.

L’urbanisation croissante et le développement économique selon les pays, vont amener à examiner le rôle de l’environnement dans un monde essentiellement rural.

On n’évoque pas encore le terme contemporain de Bien-Être mais celui de pouvoir vivre sainement dans son milieu habituel..

Ce sont peut-être les premières prémices du concept moderne de « qualité de la vie »

De nos jours dans cette nouvelle conception globale de la santé les médecins ne sont plus les seuls acteurs pour promouvoir la santé.

C’est donc face à une nouvelle demande que le nombre d’acteurs augmente et se diversifie, dans le cadre fixé par les institutions.

Cela ne doit pas faire oublier aux praticiens de toutes disciplines, que les guérisseurs, tantôt sorciers, tantôt herboristes existent depuis l’antiquité, tout comme la psychologie et les multiples thérapies trouvent leurs racines chez les philosophes et érudits des mondes Gréco-Romain, Musulman et Oriental…

Le Haut comité de la santé publique en 1994….en France, définit d’abord la santé en négatif par rapport aux notions de mal-être, maladie, morbidité, douleur, déficience…

C’est «la vie dans le silence des organes» ; «lorsqu’on la possède on n’y pense plus»

En introduisant la dimension sociale et psychologique, alors la « mauvaise santé » introduit l’incapacité, le désavantage et le handicap physique et psychique.

On parle alors de déficience, de dépendance des personnes malades avant de parler de dépendance à des produits toxiques.

La notion de subjectivité prend un tout autre sens quand on s’interroge par exemple sur l’autonomie.

Sans autonomie, il n’est pas possible d’aller travailler, d’avoir des revenus corrects, d’établir des relations facilement, d’envisager sereinement l’avenir.

Cette liberté d’action est une donnée positive et apparait indispensable à la vie.

Mais c’est oublier l’ambiguïté de certaines pathologies. Un trouble cognitif, neurologique ou autre peut induire de telles difficultés que seule la dépendance à autrui permet le sentiment de sécurité interne nécessaire au bien-être social.

Si la perte d’autonomie est cruelle et source de souffrance, cette même perte dans la solitude devient terrifiante et sa réalité de tous les jours est beaucoup moins subjective pour la personne non autonome que celle qui l’est.

La santé recouvre désormais les notions de bien-être et d’adaptation à l’environnement physique et social.

Cette approche dite perceptuelle renvoie au «ressentir»

Elle est éminemment subjective et variable suivant l’époque, le lieu, le sexe, la catégorie sociale, l’âge. Cette dimension est importante :

C’est à la personne de dire comment elle juge sa santé.
Cette perception est fondamentale : La maladie influe sur le vécu, et le vécu peut influer et créer la maladie

Cette dimension s’applique bien au ressenti d’un trouble de toute nature et en absence de maladie !
Il existe des pathologies graves mais silencieuses, et des souffrances tues ou hurlées

La santé, à notre époque, fait aussi référence à une recherche de mieux-être, mais il ne faut pas « zapper » le Mal-être !

On s’indigne ou admire la médecine du « désir » illustrée notamment par la chirurgie esthétique, mais on médicalise à tour de bras le « Mal-Être » tout en le méprisant légèrement, car le concept d’absence de maladie est toujours présent dans la mémoire collective.

La recherche de « Bien-être » présente l’intérêt d’insister sur les différentes dimensions de la santé en ne le limitant pas à l’horizon somatique strictement médical.

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Il paraît peu aisé de définir des signes d’un Mal-être se limitant au domaine émotionnel !

On peut être attentif à certains signes, en particulier si ceux-ci perdurent ou reviennent de façon récurrente, s’ils sont inhabituels avec ou sans raison apparente nécessaire.

Ils peuvent apparaître sous différents angles, la liste qui suit n’a pas prétention bien sûr à tous les mentionner :

Physique :

Fatigue, sommeil, comportement alimentaire (perte appétit, ou besoin de manger), consommation tabac qui augmente, café, mais aussi alcool, médicaments, drogue, apparitions de douleurs (dos, céphalées, musculaires, ventre) ou de symptômes au niveau de la peau, sensations au niveau de la respiration

Émotionnels :

Tristesse, abattement, découragement, démotivation, perte d’intérêt, morosité, tensions, irritabilité, nervosité, perte d’estime de soi, mais aussi parfois plus d’émotions, une perte d’affects, on ne ressent plus rien

Pensées :

Le sentiment de répéter les mêmes erreurs dans sa vie, de ne plus y arriver ou avec une grande pénibilité, d’une impasse

Comportemental :

Inhibition : du mal à agir, repli sur soi
Hésitation : du mal à prendre des décisions, être envahi par des pensées obsédantes
Agressivité : emportement, réactions vives, colères exprimées ou non, cris
Comportement inadapté : ne pas réussir à faire ce que l’on pense pourtant utile, bien ou nécessaire.

Il s’agit de repérer déjà ses signaux personnels et également être réceptifs à ceux indiqués, en particulier de façon insistante par son entourage proche.

En cas de doute, il est préférable de poser la question et en particulier si on a une décision engageante ou une action à prendre.

Bien entendu cela implique une graduation, on ne peut traiter identiquement une pathologie grave psychique ou somatique, mais on ne peut pas ignorer la souffrance d’un deuil, d’un chômage, d’une anxiété paralysante et d’une déprime qui persiste.

C’est d’ une vision globale et multidimensionnelle de l’homme qu’il s’agit.

La dimension de sens donné à sa vie, avec ou sans spiritualité ne peut plus être ignorée et le raccourci simpliste que la santé comporte bien une dimension subjective et amène à une sous ou mauvaise médicalisation n’est plus suffisant.

Bien entendu, cette acception de la santé présente les inconvénients, ce sont ceux de ses ambitions, pour une personne et la société .

Le bien-être ne peut se mesurer car il n’est pas statique, mais dynamique et évolutif

Cette vision dynamique peut expliquer parce que derrière il existe une élaboration psychologique complexe où s’intègrent les expériences et histoires de vie de chacun, les valeurs et les informations véhiculées, bien ou mal par les proches, tiers ou médias.

La relation de la société avec la notion de santé et de maladie est aussi une représentation sociale qui varie dans l’espace et dans le temps.

Les interprétations et les pratiques sociales autour du normal, du trouble et du pathologique portent la marque des croyances et parfois des idéologies.

Le « fou » a évolué sémantiquement dans ses représentations de démoniaque, ensorcelé, insensé, aliéné à malade au fil des époques.Il a fallu des siècles pour comprendre que le trouble n’était pas la folie, que le Mal-être n’était pas résumable à un trouble et que l’on pouvait souffrir  beaucoup sans troubles graves et quelques décennies à accepter que le Mal-être n’est plus du domaine seul du médecin…

La santé physique d’un individu dépend aussi de la santé des autres et d’un environnement sain et elle implique un rapport des individus à la société : adaptation, insertion et de réseaux d’entraide collectifs, praticiens…

Chaque individu est unique et cherche un équilibre.

La souffrance est d’abord individuelle et demande une aide personnalisée, mais l’aidant et le patient doivent eux-même, être en harmonie avec leur environnement ; qui lui aussi peut en pâtir.

On aborde la notion d’équilibre d’un individu au sein d’un environnement.

L’un et l’autre sont des écosystèmes à part entière, interdépendants.

Une adaptation à l’environnement, nécessite de communiquer avec lui.

Cet équilibre, cette homéostasie peut être fragile, évoluer, s’adapter mais la précarité de cet équilibre peut perdurer.

La «qualité de la vie» a tendance à remplacer la notion de « bonne santé »

La manière d’être, d’exister de la personne existait avant l’apparition d’un trouble.

On peut ainsi mieux concevoir que, ce qui est manifesté par un trouble, représente pour une personne la seule option possible de résister ou d’être au monde à un moment donné.

Ce n’est ni du fatalisme ni du déterminisme qu’il s’agit, si cet état est ressenti comme une souffrance ou une gêne, elle nécessite une aide et une prise de conscience que certains mécanismes internes psychiques ne « complotent » pas contre lui, mais demeurent camouflés pour que l’existence soit supportable.

Il ne s’agit ni de réifier ni de diaboliser l’inconscient qui crée des défenses de survie comme enferme le mauvais théâtre des psychoses.

Il ne s’agit pas non plus de nier un droit au bonheur, notion bien difficile à définir, mais à accepter qu’il faut avec lucidité faire face et lutter contre ce « Mal-être » avant d’envisager un « Bien-être ».

Ce « faire face » est souvent peu possible en situation de fragilité, c’est en cela qu’une aide est parfois nécessaire et que dans la multiplicité des facteurs, le thérapeute a un rôle à jouer, avec empathie et revenir peut-être à la notion première de la Psyché, la base de la Psychologie,qui est l’âme en Grec.

Le praticien, le thérapeute est là pour aider, avec aussi lucidité et sans être prisonnier de son dogme ou de la pensée unique ; il doit être efficace dans sa ou ses pratiques avec respect et éthique, qu’il déploie comme la plus adaptée à un moment T.

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C’est peut-être ce qui différencie le guide de haute montagne du touriste, il accompagne dans la promenade et secoure en cas de danger, il ne s’aventure que dans des chemins qu’il connaît comme il se connaît lui-même, il a pris du temps pour cela et continue.

S’il est aventureux, ses aventures sont celles de la traversée solitaire, pas en groupe et sans expérience.

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© Copyright 2014 Publié par Jean-Michel Imperatrice Psychanalyste et psychopraticien
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