Dépression : la personne, son entourage et sa place dans la société

Ce second article porte plus sur l’environnement  social de la dépression, sur sa perception par la personne, son entourage et la société, que sur ses aspects cliniques

 La Dépression comme « métaphore »dans le langage courant

-Il est en premier lieu intéressant de connaître le sens étymologique de la dépression et de ses déclinaisons métaphoriques.La dépression vient du verbe latin « deprimere »  littéralement « enfoncer, rabaisser »

-En Mécanique c’est le vide partiel qui se produit dans le cylindre ou la tuyauterie d’un moteur.

-En Economie, on cite la dépression des cours boursiers, de l’activité

-En Géographie (comme en chirurgie) c’est un affaissement, creux, une fosse

-En Météorologie zone de l’atmosphère ou se concentre une zone de basse pression produisant des vents en sens inverse des aiguilles d’une montre et provoquant pluie et mauvais temps.

Dans le langage courant et les expressions populaires, on retrouve ces notions de vide, de creux, d’affaissement, de ralentissement, de baisse ou descente :

« Être au plus bas ; descendre aux enfers ; être au troisième sous-sol ;

Une célèbre chanson des Beatles ne dit elle pas:

 « Help me if you can I am feeling down”

Toutes ces images sont bien en résonance avec la description psychopathologique de la dépression.

La dynamique est associée au mouvement dans la progression de l’état psychique : 

-la montée, ascension vont de pair avec gaité, bonne humeur, activité, réussite. C’est le signe plus d’un diagramme dans lequel l’abscisse serait le point « zéro «, le « niveau de la mer » pour reprendre une comparaison géographique.

-la descente, la baisse iraient de pair avec tristesse, inactivité, mal-être, baisse de la fonction sociale, de l’activité psychique et mentale…

-Le point haut rejoindrait les accès paranoïaques de joie délirante

-Le point bas serait la forme grave pouvant aller jusqu’à la mort

Essayons de dessiner un diagramme, sans prétention, plus destiné à figer dans l’esprit cette concordance sémantique avec le trouble, sans élaborer sur certains cycles que l’on peut parfois retrouver dans la Bipolarité avec toutes les réserves sur cette dénomination, tant le terme est galvaudé, sur ou injustement utilisé à tout trouble de nature légèrement cyclique :

 

Le sujet dépressif et son milieu socio-familial : deux souffrances 

Pour quiconque, professionnel de la santé mentale ou simple individu, parent, ami, connaissance ; ce qui frappe dans cette affliction (comme dans les autres afflictions mentales) est pour le sujet :

Le degré de souffrance, de détresse exprimée verbalement, gestuellement, comportementalement.

Il est à noter que dans tous les vecteurs de communication avec les tiers, même lorsque la communication par les mots est interrompue, le malade arrive à transmettre des données sur l’étendue de sa souffrance par des signes non verbaux.

Elle souvent perçue par mimétisme dans la perception des expressions du visage.  

Il est intéressant de citer les travaux de recherche de Paul ECKMAN, psychologue américain qui dès les années 60 a complété expérimentalement les travaux du neurologue (XIX ème) Guillaume Duchenne De Boulogne, sur  la correspondance entre les muscles du visage et le rôle de chacun dans la configuration correspondant à une émotion donnée.

Pour la première fois, les scientifiques pouvaient mesurer les émotions d’un sujet avec une certaine fiabilité, par la simple observation des mouvements des muscles de son visage (Plus de 400 chercheurs utilisent aujourd’hui le Facial Action Coding System ).

Les recherches actuelles n’ont pas confirmé la pertinence totale de ces analyses et les résultats expérimentaux de tests sont peu satisfaisants.

Ce sont ces travaux qui ont inspiré la célèbre série TV « Lie to Me  » !

A mon sens, cet appel au secours du malade recentre la finalité de nos études, recherches et analyse en psychologie sur son but premier :

Leur apporter l’aide et les solutions thérapeutiques dont nous disposons pour ramener leur état psychique (pour leur permettre de le ramener) à un niveau d’acceptabilité standard.

La compréhension partielle des mécanismes et schémas psychiques doit se conclure sur  la matérialité et l’efficacité des soins pouvant être donnés aux sujets.

Il existe un second point qui sans être détaillé ici, mérite à mon sens quelques observations.

Quid de la souffrance de l’entourage familial et social du malade face à cette affection ?

Une fois passé les étapes de déni, rejet, incompréhension, sentiment d’injustice suscitée par la prise de conscience par l’entourage de l’affliction touchant le sujet, nous aboutissons rapidement à la conclusion que seul un professionnel qualifié et quand cela est nécessaire le milieu médical hospitalier spécialisé peuvent aider le patient.

Cette incapacité à porter secours de la famille (en dehors du soutien affectif proche classique, à mon sens parfois insuffisant et parfois antagonique avec la thérapie)  il est légitime de s’intéresser aux proches et leur désarroi.

Les thérapies familiales, l’aide aux proches par les professionnels, le rôle des associations sont autant de voies d’aides et de soutien à l’entourage socio-familial du patient.

Même si dans certaines pathologies, le rôle moteur et inconscient de la relation parentale est déterminant, il n’y a pas de vraie, juste souffrance chez le malade et une affliction ou une souffrance à banaliser, dans son entourage

Le rôle du thérapeute est d’inscrire sa démarche à mon sens dans la globalité systémique du groupe familial de référence.

La dépression « maladie du siècle » : Assiste t-on à une collectivisation, mutualisation sociale de cette affection ou est-ce une vue de l’esprit ?

Même si nous disposons peu de données statistiques fiables, on peut d’emblée s’interroger sur le plan aussi de l’histoire et de la sociologie, pourquoi notre période actuelle aurait-elle plus tendance à favoriser cette affection, et se serait-elle plus intensifiée que dans le XX ème siècle qui a connu deux guerres mondiales et un nombre considérable de conflits régionaux, ou des époques plus reculées des épidémies de peste, d’invasions barbares etc… ?

Commençons par le rappel froid et cruel des chiffres actuels (Source INPES et OMS .Magazine de la MNT. Juin 2008) :

-La dépression touche deux fois plus de femmes que d’hommes

-son évolution projetée montre qu’en 2020, elle serait la deuxième cause d’invalidité dans le monde après les troubles cardio-vasculaires.

-En 30 ans le nombre de dépressifs en France et les pays occidentaux a été multiplié par 7.

Je n’aurai pas le but d’apporter d’éléments de réponse mais simplement faire part de mes observations qui nécessiteraient des éclairages sociologiques et anthropologiques plus pertinents et détaillés.

Voilà donc et qui en découlent un certain nombre de questions et de sujets:

La « prédisposition morbide »  concerne t-elle un individu ou un groupe d’individus ?

Existe-t-il un terrain collectif, des facteurs socioculturels prédisposant le groupe à une collectivisation, mutualisation de cette affection ? Un terrain propice sociétal ?

La compétitivité, l’exigence d’excellence et d’exemplarité, la culture de la réussite présentés comme symboles moraux et sociaux, la survenance de crises financières et économiques planétaires suffisent-ils à expliquer ce phénomène ?

Nietzche l’avait –il pressenti en abordant le thème de la folie dans la réussite d’un objectif dans « ceux qui échouent devant le succès » ?

Le terrain collectif est –il plus propice à son extension dans notre siècle que dans l’histoire passée et agitée de l’humanité ?

Il est difficile de cerner précisément et rationnellement l’étiologie de ce « mal du siècle » 

Assiste-t on à un phénomène de régression collective ?

Prenons l’exemple de cet article du 24 février 2009 (Les observateurs. France 24.Activité internationale sur les Tamouls exilés hors de SRILANKA réfugiés en France).

Après la défaite des rebelles de l’armée de libération par l’armée régulière Sri-lankaise, le mal de la communauté en exil Tamoule est intense :

« 7 tamouls exilés en France se sont immolés par le feu » 

  Citons Pierre MICHELETTI, Président de Médecins du Monde, en visite dans la bande de Gaza :

« Les habitants du territoire de la bande de GAZA sont en état de dépression collective »

Les exemples sont nombreux, et de nombreux champs d’études ont développé cette collectivisation d’un phénomène à la base individuel, qui méritent un éclairage plus approfondi et détaillé. 

Quelques remarques générales :

Quelques points classiques, non exhaustif sont à rappelles  dans la symptomatologie différente de la dépression et du deuil :

-La tentation suicidaire, l’attente du châtiment dans la mélancolie ne se retrouve pas dans le deuil.

Mêmes si les causes sont distinctes ,il est possible lors du deuil d’une personne aimée que la pathologie du deuil s’aggrave et que le « survivant «  ait la tentation pour échapper à la souffrance de la perte de l’objet aimé , de le rejoindre dans son acte.

-De même, si dans le deuil on ne retrouve pas d’auto insultes, de diminution stricto sensu de l’auto estime ; là-aussi le sentiment de responsabilité dans l’entourage de ne pas avoir su empêcher ou prévenir ce geste fatal peut conduire à une mortification de l’entourage et des auto reproches liés au sentiment de culpabilité ressenti.

Je terminerai sur une note littéraire, les rapports entre la mélancolie et le mouvement romantique.

Chez l’écrivain romantique du XIX ème siècle, le malaise historique après la chute de Napoléon, se transforme en angoisse métaphysique.

La mélancolie du crépuscule chère aux romantiques que l’on retrouve dans la poésie sur la description des couchers de soleil, trouve sa correspondance avec les angoisses crépusculaires 

L’ennui inquiet chez le romantique, provoqué par l’inactivité ( ou baisse d’activité ?) peut tourner au « spleen »  et à la folie.

La mélancolie romantique pouvant ainsi largement déborder du cadre de la tristesse et de la morosité pour sombrer dans le pathologique.

 Bien qu’en psychologie une « crise de mélancolie » peut s’entendre comme un « épisode dépressif »,cela entraîne parfois une confusion et superposition des termes utilisés, un mélancolique n’est pas toujours un dépressif potentiel ou déclaré, et l’inverse n’est pas non plus systématiquement vrai !

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© Copyright 2014 Publié par Jean-Michel Imperatrice Psychanalyste et psychopraticien
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