Angoisse, anxiété et peur : les différences

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Les différences entre angoisse, anxiété et peur ?

“ Je suis angoissé”, “Il a l’air anxieux” : dans le langage courant, on emploie indifféremment le premier terme ou le second. Or, ils recouvrent des réalités très différentes. Problème ponctuel mais très intense d’un côté, plus diffus mais constant de l’autre, la souffrance n’est pas la même. Des définitions et éclaircissements que nous propose Christophe André, Psychiatre.

Angoisse et anxiété ont des points communs.

Tout d’abord, une même racine étymologique, le mot latin angere, qui signifie serrer et qui renvoie aux conséquences physiques de ces états mentaux. L’appartenance à une même famille émotionnelle ensuite, celle de la peur : angoisse et anxiété en sont l’anticipation (on redoute un danger avant qu’il ne survienne) ou peuvent en être la conséquence (comme séquelles d’un choc psychologique par exemple). Mais un certain nombre de différences les séparent également.

En général, on parle d’angoisse pour renvoyer à une expérience psychologique ponctuelle, déstabilisante et intense, faite d’un sentiment de perte de contrôle et d’imminence d’un danger grave. L’angoisse s’accompagne le plus souvent de signes physiques pénibles : oppression thoracique et gêne respiratoire, accélération cardiaque, sensations de boule dans la gorge et l’estomac… Au plus fort d’une crise d’angoisse, il n’est pas rare que l’on puisse éprouver un sentiment de « déréalisation », une impression de sortir de soi-même, de n’être plus tout à fait dans la réalité. En psychiatrie, les attaques de panique, ressenties notamment par les personnes agoraphobes, en représentent un exemple assez pur : tout à coup, la personne se sent envahie par un malaise physique incontrôlable, et a le sentiment qu’elle va mourir sur le champ ou devenir folle.

On utilise plus volontiers le terme d’anxiété pour désigner un état moins déstabilisant mais plus chronique, consistant en un souci difficile à contrôler. Les aspects psychologiques (inquiétude, pessimisme) sont au premier plan, même si les conséquences physiques de l’anxiété sont bien connues (tensions et douleurs musculaires, tendance à hyperventiler, c’est-à-dire à adopter une respiration haute, rapide et superficielle). Alors que l’angoisse rend en général impossible la continuation de ses activités, l’anxiété reste compatible avec la vie quotidienne. Il est même fréquent que la personne anxieuse ne soit pas clairement consciente de sa propre anxiété, qui peut ne se manifester que de manière indirecte : irritabilité, fatigue, tensions musculaires, réactions de sursaut… En psychiatrie, le trouble anxieux généralisé (TAG) illustre bien ce qu’est l’anxiété poussée à son comble : des soucis constants et incontrôlables à propos de tous les détails de la vie quotidienne (famille, travail, santé, argent…).

Angoisse et anxiété peuvent donc être différenciées, mais peuvent aussi être associées : des crises d’angoisse peuvent survenir sur un fond d’anxiété (ce que Freud nommait la « névrose d’angoisse »), on peut ressentir l’anxiété d’avoir de nouvelles crises d’angoisse (c’est la « peur d’avoir peur »), etc. Enfin, et contrairement à ce que l’on a pu dire, ni l’angoisse ni l’anxiété ne sont une « peur sans objet » : on peut ressentir de l’angoisse en pensant à sa mort ou à celle des gens que l’on aime, on peut être anxieux et préoccupé à propos de difficultés bien réelles comme la maladie ou des problèmes financiers. Elles sont simplement une préoccupation inquiète de l’avenir, aiguë (l’angoisse) ou chronique (l’anxiété), et témoignent toujours du sentiment, plus ou moins conscient et justifié, de sa propre fragilité

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© Copyright 2014 Publié par Jean-Michel Imperatrice Psychanalyste et psychopraticien
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